> Au quotidien, L'Alambic

Compte-rendu impressionniste

impression de train

Mardi 30 novembre 2010, je rejoignais Muriel Vandermeulen à la Bourse de Commerce de Paris, pour une séance de dédicaces autour de son livre intitulé “Stratégie de Contenu Web : la revanche de l’éditorial“. L’occasion rêvée pour rédiger un nouveau billet sur ce blog arythmique.

Pourtant, malgré l’accueil très favorable qui a été fait au livre et à son auteur, et même si ce déplacement fut aussi pour moi l’occasion d’initier de nouveaux partenariats ou encore de faire des rencontres on-ne-peut-plus intéressantes, ce sont surtout mes impressions personnelles que j’ai eu envie de partager ici ; des petits instantanés de vie, des moments insolites, émotions fugitives et néanmoins marquantes qui me semblent les plus à même, au-delà de tout discours, de rendre compte de ces deux jours.
Mardi. Dans le matin livide et sous un ciel cendreux, une brume épaisse oblige mon train à rouler au pas à l’entrée d’une petite ville que je n’avais jamais remarquée jusque là, sur un trajet que je pensais pourtant bien connaître. Tandis que je regarde l’unique quai sans âme défiler lentement sous ma fenêtre, une trouée dans le brouillard me permet de lire le nom de l’endroit : Villeperdue. Surréaliste, on se croirait dans un vieux film de série B. Ou un mauvais roman de gare. Villeperdue… Pourvu que le train ne s’arrête pas.

Une brasserie parisienne en plein coup de feu de midi, la meilleure blanquette de veau que j’aie mangée depuis bien longtemps. Heureusement que je n’ai pas eu le temps de goûter le dessert que j’avais pourtant commandé : j’aurais peut-être été déçu et le souvenir de ce déjeuner en aurait été altéré.

Proust a eu sa madeleine, j’aurais mes cookies. De bons gros cookies achetés au Forum des Halles en attendant l’heure de la dédicace. Des biscuits forts en gueule et imposants, à l’image de cet homme truculent en costume 3 pièces - visiblement quelqu’un d’important à la Bourse de Commerce de Paris - qui venait d’apprendre avec colère que la maréchaussée locale avait verbalisé le véhicule des photographes venus l’immortaliser dans ses oeuvres. Des cookies enfin, croustillants et fondants à la fois, que j’ai eu plaisir à partager avec cette visiteuse élégante et spirituelle, véritable archétype de la Parisienne, qui me proposa de surveiller mon petit stand improvisé le temps que je fasse une course. Qu’elle en soit remerciée.

Mardi soir, on a annulé mon train et je dois trouver une place dans le seul qui reste en partance pour Lille. Pas de problème : je réquisitionne sans scrupules l’un des sièges réservés aux contrôleurs. Aucun d’eux n’ose me faire la moindre remarque en passant à ma hauteur. Et franchement, ça vaut mieux.

Lille. Il est encore tôt et pourtant les rues sont étrangement calmes. Je me presse le long des façades en briques que la nuit et les réverbères ont fini par rendre toutes identiques. Un froid tenace, mordant, presque violent, me fait perdre toute sensibilité dans la main gauche. J’ai l’impression qu’elle ne m’appartient déjà presque plus et je dois la regarder pour me convaincre que je tiens encore ma valise. J’aurais dû acheter des gants.

Paris, huit heures du matin. Un homme se presse pour attraper le métro. Il porte deux jambes de femme sous le bras. Je remarque que chaque jambe est chaussée d’escarpins dépareillés. J’ai beau savoir qu’il s’agit des restes de simples mannequins de modiste, je ne peux m’empêcher de penser que c’est peut-être justement ce que cet individu veut nous faire croire.

Neuf heures. Le regard vague, un homme sans âge martyrise son accordéon dans une rame bondée de parisiens léthargiques. J’essaie de reconnaître les airs qui rebondissent au milieu des passagers dans une étrange cacophonie. Je ne sais pas si ça vient des doigts du musicien ou bien du malheureux instrument désaccordé, mais je peux à peine déceler quelques mesures connues ici ou là. La recette de la manche sera maigre.

Dans le métro parisien toujours, un tunnel presque désert, le sol rendu glissant par les allées et venues de voyageurs pressés qui ont déposé là un peu du mauvais temps qui sévit dehors. Recroquevillé contre un mur, un homme à la forme imprécise sous ses hardes semble dormir en serrant son chien contre lui, dans une étreinte presque attendrissante si elle n’était surtout dictée par l’instinct de survie. Le chien aussi semble endormi. Enfin, je l’espère.

Gare Montparnasse : un moineau me donne sans le savoir une leçon de courage et de détermination en poursuivant sans relâche un pigeon dix fois plus gros que lui qui vient de lui voler sa miette de croissant. Je me souviens : ne jamais abandonner.

Mercredi, 14 heures, les pins des Landes saluent mon retour dans le Sud Ouest sous un riant soleil d’automne. Je crois apercevoir une biche dissimulée dans un bosquet de chênes aux feuilles dorées, aussitôt happée par le défilement continu du décor que j’abandonne derrière moi. Dire qu’il y a quatre heures à peine, je quittais un Paris gelé à la merci d’une neige hésitante.

J’arrive enfin, il fait 5 degrés au-dessus de zéro. J’ai presque chaud.

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