> Faut que je vous dise

Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire sur le Net

Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire sur Internet

Je suis un râleur.

Bon, attention, pas un de ces rouspéteurs professionnels qui passent leur temps à critiquer pour le plaisir de ne pas être d’accord. Non. Pas plus que je ne me considère comme ceux qui défilent régulièrement dans les rues, pancarte au vent, pour dire leur mécontentement face à des politiques qui ne leur conviennent pas… mais pour lesquelles ils votent régulièrement depuis 40 ans. Et pour finir, je ne suis pas non plus de ces hypocrites qui revendiquent en permanence l’abolition des privilèges, à condition que ce ne soient pas les leurs, ces individualistes qui votent à gauche pour se donner bonne conscience ou ces pseudo-opposants à la société de consommation qui ne lâcheraient leur X-box pour rien au monde et qui n’iraient surement pas troquer leurs Nike contre des baskets sans marque.

Bref, je râle oui, parfois, mais en général contre les aberrations et les comportements imbéciles.

Mais aujourd’hui, toute démocratique qu’elle se prétende, notre société permet-elle d’exprimer réellement son point de vue ? Surtout depuis qu’Internet a facilité la diffusion de ses opinions vers le monde entier…

Depuis toujours, le Net est considéré comme un espace de liberté d’expression, et certains ont vite compris qu’ils pouvaient utiliser ce formidable outil de communication pour exposer leurs griefs ou dénoncer ce qui leur semble des injustices. Mais en ont-ils toujours le droit ?

Le cas le plus sensible, et aussi l’un des plus fréquents, est celui d’un salarié (licencié ou non) qui dénoncerait les agissements de son patron. De nombreux blogs ont ainsi été créés par des personnes qui souhaitaient faire la lumière sur des pratiques douteuses, des politiques commerciales anti-concurrentielles ou encore des manoeuvres carrément illégales de la part de leur employeurs, que ce soit à leur égard ou envers les consommateurs. Plus simplement, d’autres ont choisi la dérision pour se moquer des travers de leurs collègues, ou de leur hiérarchie. Récemment, une employée du Conseil Régional d’Aquitaine a subi les foudres de ses supérieurs pour avoir brocardé ses petits camarades de bureau, même si elle l’avait fait sous un pseudonyme. Une autre a carrément été licenciée pour avoir raconté son quotidien professionnel de manière humoristique.

D’une manière générale, cette liberté d’expression est considérée comme saine par la plupart d’entre nous, et nous nous félicitons de trouver des sites qui révèlent ainsi la face cachée des choses. Mais, contrairement à ce qu’on croit, même en France, il est interdit d’exprimer sa vindicte en ligne, qu’elle soit justifiée ou non, à partir du moment où ça porte atteinte à autrui.

Par exemple, s’il vous venait à l’idée de révéler des informations délicates à propos de votre voisin, de votre garagiste ou de votre client, vous pourriez bien être poursuivi pour diffamation, même si vos révélations s’avéraient fondées par la suite (encore qu’il existe une possibilité d’atténuer sa responsabilité délictuelle lorsque les critiques s’avèrent fondées). Tout simplement parce qu’il ne vous appartient pas de juger de la culpabilité d’autrui et quoi qu’il arrive, tant qu’un Tribunal n’a pas expressément statué sur la culpabilité d’une personne, celle-ci est considérée comme innocente.

Restent les cas “moins sérieux”, c’est-à-dire ceux où la légalité n’est pas en cause mais où la réputation d’une personne peut malgré tout être mise à mal. Là encore, même si l’attaque n’était qu’une forme d’humour, la victime pourrait parfaitement porter plainte pour “atteinte à sa respectabilité” (voir les cas des employées blogueuses cités plus haut). Ces sites peuvent faire sourire, mais il n’en reste pas moins qu’il est illégal de dire du mal de quelqu’un en public (ce qui est le cas sur Internet même si l’auteur écrit seul dans sa petite chambre) aussi bien par l’intermédiaire d’un site Web que sur les forums de discussion.

Toutefois, rassurons-nous, il est un domaine où la notion de “diffamation” est plus souple. C’est étrangement celui des pouvoirs publics. En effet, bien qu’il soit interdit de porter atteinte directement à une personne (qu’on la nomme ou pas d’ailleurs), il reste cependant possible de dénoncer les dysfonctionnements (voire les irrégularités) de l’administration, tant il est vrai que la fonction publique est un service qui est dû à chaque citoyen et que ses abus ou ses négligences doivent être dénoncés.

Par conséquent, si vous trouvez que votre centre des impôts dépasse les limites de ses attributions, que les agents de la SNCF abusent de leurs privilèges tout en se plaignant de ne pas en avoir davantage, ou encore que vos élus sont loin de remplir le mandat pour lequel ils ont été désignés, alors vous pouvez utiliser Internet pour râler un bon coup. Et qui sait, il peut même arriver que ça serve à quelque chose…

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