| > Faut que je vous dise |
L’air qu’on respire…

Quand j’étais enfant, j’entendais souvent mon père et ses amis dire que “si ça continuait comme ça“, on finirait par nous faire payer l’air qu’on respire. Étrangement, cette phrase sempiternelle (et paternelle) m’était sortie de l’esprit depuis pas mal de temps déjà, quand récemment le gouvernement décida qu’on allait payer une taxe sur le CO2 émis.
Aussitôt, je me suis demandé ce qu’on allait taxer exactement. Qu’est-ce que j’allais payer, en gros ? L’utilisation de ma voiture ? Je pensais payer déjà pas mal de taxes pour ça, j’ai même acheté un véhicule bénéficiant d’une pastille verte, d’un label Écolo, d’un taux d’émission de CO2 contrôlé et minimisé, etc. Apparemment ça ne suffit pas. Va-t-on me taxer parce que je me chauffe en hiver ? Je tourne au nucléaire, lequel est accusé de bien des maux mais dont on ne peut en revanche rien dire question émission de CO2. Quasiment aucun rejet de dioxyde de carbone. Alors quoi, que reste-t-il ?
L’air que je respire. Ou plus exactement que j’expire.
Quand on lit le détail de la nouvelle mesure, on apprend qu’en moyenne chaque Français rejette 9,3 tonnes de CO2 par an soit une facture théorique de 130 euros par an. Certes on notera des disparités suivant qu’on est citadin ou pas, jeune ou vieux, actif ou inactif… Mais la fourchette reste quand même située entre 5 et 16 tonnes par an. Et à 14 euros la tonne (taux fixé par le Premier Ministre), ça peut représenter 60 à 300 euros environ.
Alors j’ai pris ma calculatrice. Imaginons un instant qu’on taxe l’utilisation de mon véhicule, lequel rejette 136g de CO2 par kilomètre parcouru (c’est une familiale). Comme je ne roule pas énormément et que j’utilise les transports en commun dès qu’il s’agit de voyager, je parcours environ 10000 km par an. Ça représente 1,36 tonne de CO2 rejetés dans l’atmosphère.
La maison, n’en parlons pas, le Premier Ministre a confirmé qu’il ne taxerait pas le chauffage électrique. Et le fait de brûler du bois dans ma cheminée est écologique puisque ça ne produit pas plus de CO2 que la dégradation naturelle des arbres en pleine forêt (en plus ça réduit de moitié ma facture de chauffage). Quant à tout ce que j’utilise comme produits ou services dans ma vie de tous les jours, ce sont les entreprise productrices qui s’acquitteront de la taxe carbone les concernant (tant pour leur fabrication que pour leur recyclage s’il y a lieu). Je ne vais pas les payer une deuxième fois.
Au final, j’en déduis qu’il ne reste plus que le CO2 que j’expire. Par conséquent, reprenons la calculatrice. À raison de 12 respirations par minute (en moyenne) et 0,5 litres d’air expiré à chacune d’elle (là encore c’est une moyenne entre les moments d’effort et les moments de calme ou de repos), j’expulse environ 8640 litres d’air par jour. Dans cet air, on estime à 5% la proportion de dioxyde de carbone, soit 432 litres en l’occurrence. Sur une année entière, j’approche ainsi des 160 000 litres de CO2 émis rien qu’en respirant. L’arrondi tient compte de la quantité négligeable de CO2 expulsé par une autre voie naturelle, à l’occasion d’échappements gazeux dont on se sent parfois gêné mais toujours soulagé. Avec une masse volumique de 1,87 g/m3 dans des conditions atmosphériques normales, ça représente 300 kg de CO2.
300 petits kilos ! Ajoutés aux 1,36 tonnes produites par ma voiture, on arrive à peine à 1,66 tonnes. Et même si on ajoute la “pollution” de ma femme et de mes deux jeunes enfants, on aura du mal à dépasser les 2,5 tonnes pour notre foyer fiscal. Où sont les 9 tonnes qu’on m’accuse de rejeter à moi tout seul ? Comment devrais-je considérer cette taxe si elle devait excéder les 30 euros en 2010 ? Même en comptant l’air que je respire…
À moins que, comme pourrait le chanter Florent Pagny, on ne cherche à me faire aussi payer “ma liberté de penser“. Je n’ose y penser, de peur que ça ne me coûte encore plus cher.
Tags: air, calcul, CO2, pollution, taxe carbone
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Le 15 septembre 2009 à 15:20
Bien pensé! En comptant le chien et le chat, les piafs au bord de la fenêtre, on restera encore loin du compte. De belles taxes en perspective… Et pourquoi pas celle d’exister!
Bien cordialement .
Babs