> L'Alambic

Je deviens distillateur de savoir

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Cet été, j’ai mis à exécution un projet assez ancien qui me trottait dans la tête depuis pas mal d’années déjà. En fait, je me demande même si, après cowboy et cascadeur, ce n’est pas le troisième métier qui me venait à l’esprit étant gamin quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard.

Alors j’en vois déjà qui ricanent en lisant le mot “Alambic” et qui se disent que j’ai fini par céder aux sirènes de la dive bouteille pour me lancer dans je ne sais quelle entreprise vinicole. Eh bien non, pas du tout, vous pouvez remballer vos insinuations triviales, le débat se situe à un niveau beaucoup plus spirituel que spiritueux. En réalité, cette année verra le jour des Editions de l’Alambic S.A.S., rien de moins. Oui mesdames, messieurs, je deviens officiellement éditeur, ou comme j’aime à le dire à cause du nom de l’entreprise, “distillateur de savoir“.

Mais attention, un vrai éditeur, du genre de ceux qui publient chaque année un certain nombre d’ouvrages imprimés sur du vrai papier, avec une vraie couverture, de l’encre qui tâche… et même de vrais auteurs. Parce que depuis 15 ans que je traine mes guetres sur le Net, j’ai bien évidemment comme tout le monde vu arriver le livre électronique (ou eBook) comme étant la prochaine révolution du monde éditorial, le tsunami de la connaissance, le cyclone de l’écrit, pret à balayer sur son passage tous les rayonnages poussiéreux d’un mode d’expression séculaire, basée sur l’invention d’un gars qui s’est dit qu’en mettant de l’encre sur un bout de bois il pouvait reproduire les mêmes petits Mickey sur plusieurs feuilles différentes.

Sauf que, une fois les trompettes de la gloire et de la renommée rangées au placard, force est de constater qu’il n’y a pas eu véritablement de bouleversement avec l’eBook. Alors certes, le livre électronique a permis à certains de s’exprimer sur des sujets qui ne faisaient pas le pain blanc de l’édition traditionnelle. Mais j’estime que l’impression numérique (qui permet d’éditer des ouvrages papier quasiment à l’unité) a au moins autant fait pour désenclaver les niches éditoriales que l’eBook, tout en restant en revanche dans le registre du livre physique. Parce que le problème est quand même là, quoi qu’on en dise : pour la plupart des gens, internautes ou pas, un bouquin, ça n’est vraiment un bouquin que quand on peut le prendre dans ses mains, le feuilleter, y glisser un marque-page (une carte postale, une fleur séchée, une tranche de jambon, ce qu’on veut…) et qu’on peut le poser quelque part juste pour le plaisir de contempler la poussière s’y déposer lentement.

Bref, le livre numérique est une avancée importante dans la communication du savoir… mais à condition de le considérer autrement que comme un livre. À la limite, et on ne peut lui ôter cette caractéristique fondamentale, c’est un excellent vecteur de diffusion de l’information. Oui, un vecteur, un concept, une technique, appelez ça comme vous voulez : un eBook, ça reste virtuel, c’est “juste” un assemblage de bits qui ne sont eux même que le résultat d’opérations intangibles, une ressource impalpable, volatile… Frustrante même, oserais-je dire, autant pour l’auteur que pour le lecteur, d’ailleurs.

Si vous dites “J’ai écrit un livre“, alors vous bénéficiez immédiatement de l’à-priori positif dont on nimbe les gens de lettres, quoi que vous ayez pondu, même s’il s’agit de la biographie de votre chien Sultan. En revanche, précisez qu’il s’agit d’un eBook, et vous verrez tout à coup l’enthousiasme retomber et quelques sourires narquois (voire condescendants. Si, si !) déformer la bouche des rares personnes qui sauront de quoi vous parlez. Les autres n’ayant de toute façon aucune idée de ce que ça peut être, ça ne vous avancera pas à grand chose.

Malheureusement pour lui, et malgré son intérêt non négligeable en matière de diffusion et d’économie, le livre numérique reste largement déconsidéré par la plupart des gens. C’est un peu le livre du pauvre, le truc sur lequel se rabattent tous ceux qui pensent avoir une ombre de talent après avoir essuyé plus de refus qu’un nerd au Salon de l’Érotisme. Même les institutions ne lui accordent qu’un statut de “support informatique”, avec la même TVA qu’un logiciel, un litre d’essence ou une paire de tongs.

Pour ma part, les livres ont toujours fait partie de mon univers, qu’il s’agisse d’être lecteur ou parfois, modestement, humblement, auteur… Aujourd’hui, je boucle la boucle en devenant donc éditeur. Mais éditeur de quoi, exactement ? Pour commencer, et parce que comme je le disais plus haut j’écume le Net depuis la fin du siècle dernier, les Éditions de l’Alambic publieront des ouvrages pratiques spécialisés dans le e-business, la communication, le management, ou encore les techniques liées à l’internet professionnel.  Et puisque j’ai eu la chance de croiser des tas de gens passionnants durant ces années, parmi lesquels se trouvent des personnalités marquantes du Web francophone, il est fort probable qu’ils fassent partie des premiers auteurs publiés par l’Alambic…

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4 Réponses pour “Je deviens distillateur de savoir”

  1. Jean-Pierre a écrit :

    Bravo!
    Sans parler de l’oeuvre d’art qu’est souvent un bouquin…. qu’on peut tenir dans ses mains…. placer judicieusement dans sa bibliothèque, montrer fièrement à ses amis…
    L’Ebook en tant qu’outil c’est bien…. Mais un livre réel, l’odeur du neuf à l’achat…. sa couverture remarquable….. et la joie de malicieusement le partager avec des gens sélectionnés sur le tri bien sûr… car c’est bien connu peu de livres ainsi cédés reviennent…. comme si les gens se faisaient un malin plaisir de le kidnapper sans demander de rançon. Sa magie est tel que dès qu’on l’a entre ses mains on le croit sien comme si celui qui nous l’a prêté n’était qu’un passeur du savoir….
    Succès à votre entreprise…. modeste ou grand, ça n’a aucune importance puisque l’idée est vaste.

  2. Bruno a écrit :

    @Jean-Pierre
    On est d’accord sur la valeur du livre, qui garde encore son aura auprès du plus grand nombre, comme un écrin sublimant ce qu’il contient.

    Merci pour ces voeux de succès.

  3. Munchausen a écrit :

    Bonjour Bruno et bonne chance pour cette nouvelle entreprise.

    Parier sur le papier à une époque ou un bon nombre pensent qu’il est condamné peut paraître risqué. Pourtant il semble que le bon vieux support physique fait de la résistance au changement et semble même avoir encore de l’avenir si l’on écoute certains professionnels comme Serge Eyrolles : http://www.nouveleconomiste.fr/s1478/VDH-Eyrolles.html

    Il est vrai que le livre numérique recherche toujours son standard de qualité alors que ceux du papier sont clairement établi.

    Malgré la modernité du média internet le livre numérique peine à faire sa place et pas mal d’éditeurs pensent que le papier à toujours un rôle à jouer de par sa facilité de lecture ou le fait qu’il représente encore un objet qui est le signe d’une certaine appartenance à une élite culturelle.

    En effet une belle bibliothèque est toujours le signe d’un homme (ou une femme) ayant un certain savoir ou un esprit élevé (même si en fait les livres ne sont la que pour prendre la poussière). Il faut avouer que la clef USB ne possède pas encore la même aura n’est-ce pas ?

    La ou les aficionados du livre numériques attendent que la destruction créatrice fasse son œuvre et emporte avec le vent le vieux papier, il est réconfortant que certains entrepreneurs montent encore des maisons d’édition dédiée à ce support .

    BRAVO !

  4. Serge Demoulin a écrit :

    Bonjour Bruno,

    J’attends avec impatience plus d’infos sur ta maison d’édition.

    A quand la mise en ligne d’un site web ?

    Amicalement

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