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Apologie

Je comprends que la presse traditionnelle se sente menacée depuis l’avènement du Web et la nouvelle façon de véhiculer l’info qui va avec, mais cela doit-il pour autant justifier certains comportements désespérés ?
Dernier baroud en date, celui de Libération à l’occasion de la vague récente de “boss-napping“. Sans doute pour flatter dans le sens du poil un lectorat encore très attaché à “la lutte des classes“, et sous couvert d’explication conjoncturelle, le quotidien en est arrivé à quasiment légitimer la séquestration de patrons, cette activité saine et ludique de plus en plus intégrée dans la stratégie sociale de certains mouvements politiques. Un peu comme si l’intérêt syndical pouvait se placer au-dessus des lois. Eh bien, désolé de décevoir ceux qui pensent encore que la fin justifie toujours les moyens, mais les actes illégaux n’ont jamais crédibilisé la moindre revendication, aussi légitime soit-elle.
En plus, je pensais naïvement que de dire “s’il y a des soucis dans l’entreprise, c’est à cause des patrons“, c’était un vieux schéma manichéen qui avait vécu. Il faut croire que non, et à défaut de trouver une solution à chaque problème, on continue au moins à lui chercher un bouc émissaire. C’est un vieux réflexe que l’homme transpose depuis toujours un peu partout dans sa vie quotidienne. Par exemple, depuis des siècles, tous les maux de la société sont expliqués par “l’avidité” d’une certaine partie de la population dont la confession religieuse, l’activité professionnelle ou même la culture n’est pas majoritaire. On a pu aussi avoir droit, assez régulièrement, aux conflits liés aux origines ethniques ou sociales dont les différences étaient censées expliquer à elles seules un certain déséquilibre global. Et puis il y a eu les riches qui étaient responsables de la pauvreté, les érudits qui étaient coupables de l’ignorance des masses laborieuses, les patrons aujourd’hui qui sont forcément punissables puisqu’ils utilisent de la main d’oeuvre moins payée qu’ils ne le sont eux même.
Et demain, ce sera quoi ? Les malades qui s’en prendront aux bien-portants parce que c’est injuste que certains aient la santé et d’autres pas ? Les chauves qui agresseront les “chevelus” dans la rue ? Les gros qui kidnapperont les maigres, et vice-versa ?
Les problèmes, on les connaît. Et les réponses aussi, si on se donne la peine de réfléchir un peu, bien sûr. Mais c’est vrai qu’elle ne nous plaisent pas toujours, ces réponses, qu’elles peuvent nécessiter de réviser notre manière de pensée, voire nous amener parfois à abandonner nos certitudes. On appelle ça “évoluer”. Et comme lorsqu’on est enfant, ce n’est pas en tapant du pied ou en se cachant les yeux qu’on évolue.
S’en prendre physiquement à telle ou telle catégorie de personnes, ça n’a jamais résolu les problèmes des agresseurs. Tout au plus cela a-t-il pu les défouler, apaiser fugitivement leurs frustrations ou masquer leur impuissance. Séquestrer un employeur ne va jamais résoudre le moindre conflit social. C’est déjà manipulateur, démagogique et passéiste de faire croire le contraire. Mais lorsque des média chargées d’informer objectivement le public se mettent à présenter ce type d’action comme justifié, ou même simplement normal, alors on entre de plain pied dans l’obscurantisme et l’embrigadement populiste le plus crasse.
La presse se meurt ? Depuis le temps qu’elle tresse la corde pour se pendre, ce n’est pas étonnant.
Tags: argent, business, communication, information, journaux, loi, presse, séquestration de patrons
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Le 10 avril 2009 à 11:32
[...] des cadres et patrons, et l’apologie que l’on en fait dans les médias (lire le billet de [...]
Le 10 avril 2009 à 12:37
Ces séquestrations sont proprement scandaleuses. La complaisance des médias qui font dans la démagogie et le populisme est tout aussi inacceptable.
Le 10 avril 2009 à 16:51
Et le pire c’est que certains représentants de syndicats s’en félicitent. Jusqu’au jour où un séquestré se prendra vraiment au jeu et en mettra 100 de plus dans la charrette par heure de séquestration …