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Piratage : quand on confond culture et divertissement

Les récents débats autour du projet de loi visant à réguler le piratage sur Internet masquent ce qui me semble une erreur fondamentale présente pourtant dans l’argumentation de tous les protagonistes, qu’il s’agisse de ceux qui sont pour comme de ceux qui sont contre : d’une manière générale le piratage ne concerne PAS des produits culturels mais des produits de divertissement.
Quand on écoute les politiques de gauche comme de droite, lesquels sont plus ou moins téléguidés par les majors de la musique et du cinéma qui craignent ouvertement pour leurs bénéfices, le piratage sur Internet serait une infâme pratique criminelle conduisant inéluctablement à l’apauvrissement culturel de la société tout entière. De leur côté, les tenants d’une libre diffusion des films et des chansons à la mode (soutenus quant à eux par des intérêts un peu plus discrets mais tout aussi puissants), estiment que la législation toujours plus contraignante n’aurait d’autre but que d’interdire le libre accès à la culture pour tous.
Mais, sérieusement, de quoi parle-t-on ?
De quelques comédies potaches made in USA où les bon sentiments caricaturaux le disputent aux archétypes les plus outranciers ? De ritournelles anonées par quelques pseudo-stars fabriquées de toutes pièces dans des télé-crochets nouvelle formule ? De productions à gros budgets destinées à vanter le savoir-faire d’un bureau d’infographie ou d’une agence d’effets pyrotechniques ? En réalité, de vulgaire soupe auditive à défaut d’être audible, de rengaines entêtantes dont la structure musicale et les paroles tiendraient ensemble au dos d’un timbre poste, de produits commerciaux avant tout qui ne sont là que pour satisfaire un public de plus en plus pressé de consommer, qu’il s’agisse de restauration rapide ou de spectacle facile. Car il s’agit bien de cela : du spectacle. Tout ce qui semble aujourd’hui menacé par les téléchargement illégaux, ce n’est rien de plus que du divertissement populaire, ce que les américains appellent “entertainment”.
Il n’y a pas de culture dans tout cela, ou bien peu. La musique étant culturelle par nature, il suffit qu’un évadé de je ne sais quel château-école gratte trois mauvais accords sur une guitare, et le voila propulsé au rang de pourvoyeur culturel. Le théàtre est culturel, lui aussi, et le cinéma est son petit frère même si le jeu des acteurs s’y révèle bien moins risqué, bien plus dilué, encadré, protégé, et finalement détaché du risque permanent que court le comédien de théàtre devant un public bien vivant qui ne le laissera pas refaire sa scène deux ou trois fois avant de bien la “tenir”. Mais de là à considérer que tout ce qui sort d’un studio de cinéma est culturel…
Donc de quelle culture s’agit-il au juste ?
S’agit-il de littérature ? Des livres sont téléchargés tous les jours et certains de manière illégale. Mais apparemment, ça émeut moins de gens que le contenu d’un CD.
De photographie ? Là encore, l’usage sans droits d’images protégées semble relégué au rang de “simple” vol de données. On ne réveille pas le ministre de la Culture pour ça, apparemment.
Et que dire de l’histoire, de l’art, des sciences ou des techniques dont on trouve également de nombreuses sources sur le Net sans que ça n’émeuve quiconque de savoir si leur téléchargement illégal va nuire à la culture. Même les téléchargements de logiciels paraissent passer au second plan devant la musique et le cinéma.
La culture c’est avant tout du savoir, des connaissances et de l’enrichissement personnel
Si on en croît Wikipédia, qui est une encyclopédie pas plus mauvaise qu’une autre en la matière, la culture désigne “les connaissances acquises dans un ou plusieurs domaines, aussi bien par l’information obtenue que par le développement de la sensibilité”. On trouve ainsi une culture artistique, une culture historique, une culture scientifique, etc. En quoi le dernier tube fabriqué par une troupe de jeunes gens socialement fragiles et filmés en vase clos pendant des semaines va-t-elle améliorer nos connaissances ? Dans quelle mesure un énième remake cinématographique d’une série télé populaire va-t-il contribuer à notre développement personnel ?
Ne nous trompons pas de sujet. Pour ma part j’apprécie le divertissement que me procure un bon film (ou même un mauvais, je suis plutôt bon public), j’aime aussi me détendre ou au contraire faire la fête sur de la musique en conserve. Mais qu’on ne vienne pas me parler de culture en danger.
La seule chose qui est en danger dans cette histoire, ce sont peut-être les porte-monnaies de ceux qui ont réussi à nous faire croire qu’on consommait de la culture comme on fait ses courses au supermarché. Et encore, certaines études tendraient à prouver que le téléchargement “illégal” ne pénaliserait pas l’industrie du disque ou du cinéma, bien au contraire (et merci de ne pas me sorti des statistiques d’emplois perdus… qui ne sont que virtuels !).
Si on voulait vraiment protéger la culture, ou mieux encore, la mettre à la portée du plus grand nombre, alors il faudrait la présenter dans toute sa diversité de manière aussi voyante et ostentatoire que les divertissements qui lui ont ravi son appellation. Mais ça reviendrait alors à sensibiliser toute une population habituée à ne plus penser, une société désormais habituée à ce qu’on lui dise ce qu’elle doit manger, écouter, lire, voir, aimer. Et il n’est pas certain que ça serve les intérêts de ceux qui cherchent aujourd’hui à juguler un phénomène qui a toujours existé mais qui, aujourd’hui, constitue simplement une nouvelle manne financière bien tentante.
Tags: cinéma, création, culture, divertissement, internet, logiciels, loi, musique, piratage, télécharger
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Le 18 mars 2009 à 15:36
Bonjour Bruno
Sans vouloir rentrer dans une discussion philosoficocommercialodémagogico-pertinente sur la nature de la limite entre l’art (ou la culture) et l’exploitation commerciale, je dois constater que tu base tes pensées sur un jugement de valeur.
Comment peu tu décider qu’un travail artistique peut être qualifié de culturel et que l’autre n’est que le résultat d’une “basse” exploitation financière. Quel est l’arbitre susceptible de siffler la faute dans le marché (car il s’agit bien d’un marché) de la culture ?
De plus, si je comprend bien ton raisonnement, les produits à visée commerciales devraient être déchut de leur droit à la rentabilisation au profit de produit qui ne seraient pas conçut pour gagner de l’argent mais qui en auraient le droit ?
Cela me rappelle une discussion entre deux artiste de mes amis.
L’un n’ayant aucun scrupule à vivre de son art en le vendant parfois très cher étant accusé par l’autre d’être esclave des marchands du temple en produisant des œuvres en accord avec les goûts de sa clientèle.
L’autre peinant à vendre des toiles bon marché, obligé de travailler à mis temps dans des jobs avilissants pour arriver à vivre de son art. Détestant le fait de vendre son travail destiné (selon lui) à l’humanité plus qu’a quelques collectionneurs privés.
Comme toujours la vérité, se trouve au milieu de ces deux conceptions de l’art et je regrette tout autant que l’un se limite à une démagogie picturale tandis que l’autre ne se donne pas la possibilité de vivre de son art. (m… il va falloir que je simplifie ma façon de dire les choses quand même).
Mais je ne permettrait pas de décider que l’un doit vivre et l’autre mourir simplement parce-que j’aime le travail de l’un et pas celui de l’autre. Je pense que tout deux méritent le statut d’artiste à part entière, au même titre que celui qui dessine au stylo bic les sous verre publicitaires des cafés.
Le 18 mars 2009 à 18:12
Bonjour Munchausen
En fait, je parle davantage de culture que d’art. Je ne conteste pas le fait que la musique ou le cinéma soient des formes d’art. Je dis juste que c’est extrêmement réducteur et démagogique de brandir l’étendard de la “culture en danger” pour justifier une campagne anti-téléchargement. Et je dis également que si on voulait vraiment protéger la culture en ligne, ce serait bien de ne pas se cantonner alors à ce qui rapporte le plus d’argent car s’adressant aux “masses populaires”, mais d’aller au bout des choses en favorisant la diffusion et la sécurité de toutes les formes de culture.
D’où l’orientation volontairement polémique de mon billet : puisqu’on parle de culture, alors parlons-en. Mais pour l’instant, tout ce que je vois c’est qu’on veut surtout protéger de manière bien hypocrite les intérêts de certains pourvoyeurs de divertissement populaire. Rien de plus.
Le 12 avril 2009 à 17:51
Attention, ce que tu fais dans ton article, c’est hiérarchiser la culture et je ne crois pas que ce soit le débat ici. Certe, aujourd’hui, l’assimilation culture-divertissement peut être assez confuse mais cela est a mon hors sujet. Et j’estime également qu’il est réducteur de dire qu’a l’heure actuel, le public ne télécharge que les derniers tube sorties de la dernière star ac ou de poubel star. Cela est mon avis tout simplement faux. Personnellement, lorsque je télécharge, ce que je cherche avant tout, c’est découvrir, découvrir de nouveaux horizons musicales. Mais il me semble important de dire que ce qui arrive a l’heure actuel, c’est a dire le piratage et ce qui s’en suit, n’est que le fruit de la politique menée par les majors depuis les 20 derniers années. En effet, avec leur monopole, ils ont matraqué le public avec leur produits culturel Résultat, en dictant ce que devait écouté et regarder le peuple, ce dernier a vu son champ culturel se restreindre dramatiquement. Résultat, ces derniers en retour se sont mis a télécharger, et a télécharger quoi, et bien, nos chers produits culturel présentait part nos chers majors leur faisant croire qu’il n’y avait pas d’autre bien culturel a consommé que le leur. Et bien chers majors, qui sème le vent récolte la tempête.