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Internet et l’épouvantail de la censure

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Depuis quelques temps, j’entends régulièrement parler de “l’ignoble censure du web” organisée par notre “vilain-gouvernement-qui-fait-rien-qu’à-nuire-à-nos-libertés-individuelles“. Franchement, donner mon point de vue sur la question ne ferait qu’alimenter un débat sans fin dont les arguments sont plus politiques et idéologiques qu’autre chose. Ceci dit, il me semble intéressant de remettre notre “triste sort” en perspective avec ce qui se fait ailleurs. Petit panorama international de la liberté en ligne…

La Chine s’essaie au grand écart

Ce n’est pas un scoop, la Chine censure le Web. Mais elle le fait avec une détermination qui n’a rien à voir avec ce que certains reprochent aux gouvernements occidentaux. Et là où ça devient drôle c’est quand on sait que ce pays est en passe de devenir le plus grand marché du secteur de l’Internet, devant les Etats-Unis, tout en déployant des moyens énormes pour bloquer la liberté d’expression en ligne. Plusieurs milliards de dollars ont ainsi été consacrés à la censure d’Internet, les sites d’actualité sont sous la tutelle éditoriale du Parti Communiste et 48 “cyberdissidents” sont aujourd’hui sous les barreaux parce qu’ils avaient, en gros, osé blogger !

L’Iran surveille la tension artérielle de son leader

Tandis qu’Internet est de plus en plus présent dans la société iranienne, Mahmoud Ahmadinejad, le président du pays, ne sait plus quoi inventer pour éviter que sa politique soit malmenée en ligne. Ainsi que sa personne. C’est que le bonhomme est nerveux, son passé le rattrape parfois : on le dit ancien preneur d’otage (photos à l’appui datant de 1979), on le surnomme “l’Exécuteur” pour avoir été celui qui tirait la dernière balle dans la tête des prisonniers fusillés, on le dit aussi superstitieux au point de penser que c’est le Créateur qui l’a élu avant même le peuple iranien. Bref, il s’inquiète. Et pour éviter qu’on ne dise trop de mal de lui ou que certains ne commencent à ressortir de vieux dossiers, il a confié le soin à son gouvernement de promulguer une loi qui censure officiellement le Web. En clair, depuis 2006, tous les sites Internet doivent s’enregistrer auprès des autorités et les fournisseurs d’accès doivent vérifier que des contenus “interdits” ne sont pas publiés par leurs serveurs. Et hormis les sites qui disent du bien de la Révolution Islamique ou du chef de l’Etat, tout ou presque est interdit. Même des sites comme FlickR et YouTube sont inaccessibles car jugés “immoraux” par les autorités. Des autorités qui interpellent d’ailleurs régulièrement des blogueurs et des blogueuses qui ont eu la mauvaise idée d’être juste… ce qu’il sont.

Cuba révolutionne le Web

Le pays qui ne cesse de faire sa Révolution depuis 50 ans maintenant semble en revanche totalement réfractaire à la révolution numérique. A Cuba, point d’Internet, mais plutôt une sorte d’Intranet national qui se charge d’encadrer messagerie, navigation et actualités en ligne. C’est un véritable petit monde fermé dont les Cubains peinent à sortir. Quelques rares (très rares !) cybercafés permettent aux plus fortunés de voir ce qui se passe de l’autre côté, mais la prudence est de mise. Tout le monde se sait surveillé, toutes les connexions sont contrôlées et inutile de penser à surfer discrètement à la maison : les accès privés à Internet sont tout simplement considérés comme illégaux et un internaute peut être condamné à cinq ans de prison pour avoir essayé de se connecter depuis chez lui. Quant à ceux qui oseraient critiquer le régime sur des sites étrangers, alors là ils encourent “tout simpement” vingt ans d’emprisonnement.

L’Arabie Saoudite préserve les valeurs morales

Ce qu’il y a de bien avec les autorités saoudiennes, c’est qu’elles annoncent clairement la couleur : oui, elles censurent le Web. Mais c’est pour le bien de la société. Ainsi tous les sites dont le contenu est jugé immoral sont tout simplement inaccessibles afin de ne pas troubler l’esprit des internautes avec des idées contraires aux valeurs de la religion. Pour les dirigeants, un contenu immoral sera par exemple celui qui traitera de culture occidentale, d’homosexualité ou encore… de droits des femmes ! Une commission a même été créée dans le but de remettre des labels de qualité aux sites qui peuvent être consultés par les saoudiens. Fin 2007, un blogueur a été emprisonné pour avoir publié un commentaire sur les avantages et les inconvénients d’être musulman.

Le Zimbabwé aime bien lire par-dessus votre épaule

Même si le Web n’a que peu percé dans ce pays, son président (Robert Mugabe) n’en a pas moins choisi d’épier les internautes locaux, en se focalisant notamment sur les e-mails. Ainsi, il y a 18 mois, le gouvernement a adopté une loi qui l’autorise à surveiller toutes les communications, qu’elles soient téléphoniques ou électroniques. Surtout électroniques. Étroitement contrôlée par les autorités, l’entreprise nationale de télécommunications TelOne sert à la fois de censeur et de mouchard sur le Réseau. Elle peut demander aux fournisseurs d’accès à Internet de surveiller les emails, les messages instantanés et toutes sortes de communications en ligne afin de produire un rapport circonstancié qui servira ensuite au gouvernement à “prendre les mesures nécessaires” pour empêcher la diffusion d’informations “illégales”.

Le Viêt-nam responsabilise ses ressortissants

Depuis 2001, tous les internautes vietnamiens sont responsables légalement du contenu qu’ils créent, diffusent ou archivent. En 2006, les fournisseurs d’accès (dont l’Etat est actionnaire) ont été contraint de conserver toutes les données de leurs clients afin de pouvoir contrôler tout ce publient ces derniers, mais aussi tout ce qu’ils consultent et même tous ceux qu’ils cotoient en ligne. Et comme son grand frère chinois, le pays dispose d’une police virtuelle dans les cybercafés, la liste des sites consultables dépend du ministère de l’Intérieur et quelques “cyberdissidents” sont en prison pour le simple crime d’avoir exprimé leur point de vue sur Internet.

Et la liste pourrait être encore très longue. Alors, franchement, quand on me parle de censure du Net en France, j’ai l’impression qu’on confond parfois “régulation nécessaire” avec “privation de libertés”.

De toute façon, si censure il devait y avoir, elle ne serait surement pas le fait du gouvernement français. Je pencherais plutôt vers quelque groupuscule médiatico-idéologique qui aurait réussi à “privatiser” le net. Ceux qui ont connu les beaux jours d’Usenet (et surtout son effondrement après qu’une minorité de “responsables” autoproclamés aient décidé que ce réseau devait être le reflet de leurs convictions personnelles) savent de quoi je parle. Et inutile de chercher à comparer avec ce qu’on appelle Usenet aujourd’hui. Ça n’a strictement plus rien à voir…

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