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e-Commerce et contrefaçon : Priceminister servira-t-il d’alibi ?

D’après une information publiée hier, le célèbre portail français de vente en ligne a vu le nombre de faux produits technologiques vendus par son intermédiaire bondir de 170% par rapport à l’année dernière. C’est embêtant, en effet, mais ce qui me gêne le plus, c’est que suivant la façon dont les “journalistes” avides de scoop vont présenter ladite information, il y a des risques que ça nuise d’abord à la réputation du site et surtout que ça n’entraîne de nouvelles conséquences légales dont nous aurons tous à pâtir. A commencer par nous, les professionnels du Web.
Des gros titres qui vont faire mal
Au début, si la presse s’empare du sujet, on peut s’attendre à lire très vite que si des contrefaçons sont vendues sur Priceminister, alors ce sera à ce dernier de payer. Même s’il n’est en rien responsable de ces agissements, même s’il s’efforce déjà depuis longtemps d’éradiquer ce fléau par tous les moyens, et même si ces contrefaçons restent extrêmement minoritaires par rapport au volume de transactions quotidiennes. C’est une question de principe : les “gros” doivent payer, un point c’est tout.
Franchement, avec 200 000 nouveaux articles mis en vente chaque jour, comment imaginer que Priceminister soit en mesure de contrôler quoi que ce soit ?
Mais ce n’est pas grave, show must go on. Quand le cirque est commencé il faut aller jusqu’au bout. Et je ne serai donc pas surpris si, d’ici quelques jours, on voit fleurir au fronton de nos vendeurs de presse favoris quelques “unes” sanglantes du genre “Priceminister devient un repaire de faussaires !” ou encore “Priceminister : responsable mais pas coupable ?” Si j’osais, je donnerais même déjà des noms de magazines…
Les lobbies récupèrent la balle au rebond…
Mais ça risque d’aller plus loin encore. Déjà, de grandes marques se sentant lésées se sont regroupées sous la bannière de l’UNIFAB (l’Union des Fabricants) pour appeler le législateur à “définir les responsabilités” de ces sites qui permettent la diffusion de produits contrefaits (et aussi de produits légitimes pour la revente desquels les fabricants ne touchent plus rien, mais ça n’a rien à voir, non, non, non !).
Et de là à imaginer qu’une loi nouvelle plus contraignante pour les sites de commerce en ligne pourrait prochainement voir le jour, il n’y a qu’un pas que certains lobbies réfractaires à l’innovation aimeraient bien voir franchi par les autorités. Au final, ce seront les cyber-marchands français qui paieront l’addition, tandis que les vrais faussaires (souvent du bout du monde) continueront tranquillement leur business. Ici ou ailleurs, peu leur importe.
… la renvoient dans les pattes d’un législateur consensuel…
Pour ma part, je n’aime déjà pas l’idée selon laquelle ce serait à l’Etat (au sens noble du terme) de régir les marchés commerciaux. Certes, il faut des lois, des cadres juridiques et législatifs qui garantissent le respect des droits de chacun, mais ce qui me déplait au plus haut point c’est de voir que la Loi est devenu une arme idéologique et marketing. Idéologique quand elle est utilisée à des fins démagogiques (faire croire aux “petits” qu’on s’occupe d’eux et qu’on veut rétablir “l’égalité-de-tous-devant-l’adversité-d’un-monde-ô-combien-cruel”…bla, bla, bla) et marketing quand elle sert uniquement les intérêts d’une minorité de stratèges sans scrupules.
… et la classe politique marque le but final
Et pourtant, c’est bien souvent ce qui se passe. Combien de fois a-t-on déjà assisté à cet effarant scénario qui met en scène à la fois des lobbies ultra-libéraux d’un côté, et des tenants d’une politique prioritairement sociale et communautaire de l’autre (tous dans le même camp !), les premiers faisant voter des lois anti-concurrentielles toujours plus dures (mais qui les servent au mieux en assurant leurs monopoles), et les seconds cautionnant ces “hold-up” législatifs sous couvert de bons sentiments (lutte contre la contrefaçon, protection des emplois, etc…) ? Sans oublier l’appui d’une presse qui s’est depuis longtemps vendue au plus offrant, et qui a choisi la voie du racolage pour séduire un lectorat de moins en moins éveillé.
Cela se reproduira-t-il suite à cette affaire de contrefaçons sur Priceminister ? Je n’en sais rien, en fait. Mais je n’exclus pas la possibilité que ce site devienne un nouvel alibi pour réduire encore la liberté du commerce en France.
Tags: économie, business, communication, contrefaçon, entreprise, lobby, loi, politique, presse, Priceminister
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