> Moteurzine

Le Net est-il devenu trop amateur ?

Dernièrement je découvrais que sur les quelques 190 millions de sites web répertoriés fin 2008, la majeure partie n’avait même pas de nom de domaine. En effet, 75 millions de noms de domaine pointaient réellement vers un site, ce qui fait moins de 40%. Et encore dans le meilleur des cas, car de nombreux sites possèdent plusieurs noms de domaine.

Personnellement, je tablerais donc sur un gros tiers de sites dotés d’un nom de domaine digne… de ce nom. Ce qui laisse quand même les 2/3 du Web remplis de sites amateurs, ou en tout cas ne bénéficiant pas du minimum requis pour qu’on puisse les considérer comme “professionnels”. Et ce constat n’est que le dernier d’une longue liste de phénomènes qui me laissent penser que le Net est de plus en plus amateur. Ce n’est pas seulement l’explosion des blogs qui me faire dire ça, ni même la part chaque jour grandissante de gens qui s’autoproclament professionnels dans un domaine ou un autre après avoir simplement lu “Le Javascript pour les Nuls” ou encore “Deviendez Webmasteure en 10 lessons” (e-book écrit d’ailleurs en texto par l’un de ces nouveaux experts).

Non, ça va plus loin. Depuis plus de 12 ans que je travaille en ligne, j’ai vu le profil type de l’internaute évoluer, passant de l’amateur éclairé… à l’amateur tout court. Peu à peu, le passionné maladroit, mais volontaire, a cédé la place à Monsieur ToutLeMonde et à Madame Michu, lesquels ont trouvé sur Internet matière à épancher toutes leurs ambitions. Et tous leurs travers aussi. Les pionniers du Net voulaient conquérir ce nouveau territoire où tout était à inventer, à construire. Les “entreprenautes” d’aujourd’hui, eux, veulent juste “devenir riches” ou simplement “gagner de la thune” ou encore éventuellement “faire parler d’eux… et gagner de la thune”.

Les conséquences en sont multiples. Et pour la plupart relativement négatives. Ainsi, il est indéniable que le niveau moyen de connaissances et de compétences a fortement baissé. Certes, c’est un corrolaire normal à l’ouverture du Net au plus grand nombre, et c’est d’ailleurs aux professionnels de faire preuve de davantage de pédagogie auprès de ces nouveaux publics. Il est loin le temps où on pouvait s’abstenir d’expliquer certains principes implicites. Désormais, c’est le monde de la consommation qui est entré dans l’ère du Web, et à cet égard il est devenu obligatoire d’être exhaustif dans sa communication.

Le problème c’est que ça va parfois un peu trop loin et on a souvent l’impression que de plus en plus de gens arrivent sur le Net sans avoir la moindre notion de ce que ça représente. Qui se souvient de la notion de Netiquette ? A part ceux qui surfent depuis plus de 6 ou 7 ans. Qui a encore conscience que la première parade, et la plus efficace, au spamming, aux virus et à toutes les autres joyeusetés qui viennent pourrir notre quotidien d’internaute… c’est l’utilisateur lui-même, armé de sa vigilance et de sa responsabilité ? Plus personne ou presque. Aujourd’hui, le premier hacker venu est sûr de faire un carton avec un bête javascript envoyé par email, chose devenue pourtant impensable il y a quelques années alors que la première vague d’internautes avait finalement été éduquée aux bonnes pratiques en ligne.

Idem pour les relations commerciales en ligne. Désormais, il est devenu risqué de faire du e-commerce tant il est vrai que les cyber-consommateurs se retrouvent parfois mieux protégés que dans la vie réelle. Comme si la technicité relative de l’opération devait être contrebalancée par un accroissement de suspicion envers les professionnels : plus c’est compliqué et plus il est évident que les infâmes marchands vont en profiter pour arnaquer le malheureux chaland sans défense. Sans défense, c’est vite dit. Aujourd’hui, c’est le cyber-marchand qui se retrouve démuni au moindre litige. Du fait de l’ignorance chronique de l’internaute de base (que cette ignorance soit réelle ou bien appréciée comme telle par les autorités), le bénéfice du doute jouera toujours à son avantage et ce sera au professionnel de prouver sa bonne foi. Généralement, ça se traduit par une perte sèche du côté du commerçant, sans compter le temps gâché à essayer de se battre contre le principe devenu universel de la médiocratie : on adapte les règles en faveur des “moins bons”, histoire de s’assurer qu’on ne vienne pas ensuite taxer le système d’injuste ou d’élitiste. Et peu importe si ceux qui créent de la richesse en pâtissent, ils ne sont pas les plus nombreux, loin de là.

Enfin, reste le cas des “nouveaux professionnels”, généralement de simples amateurs qui ont eu la chance de tomber sur quelques tutoriels en ligne, voire même un ou deux bouquins même pas électroniques, et qui se sont dit que ça ne devait pas être si difficile que ça de gagner sa vie sur le Net. Outre l’image désastreuse que ces individus ont fini par donner des professions dans lesquels ils se sont engouffrés à la manière d’éléphants aveugles dans des magasins de porcelaine fine, ils ont également fait la joie de quelques personnages bien pires qu’eux (puisque malhonnêtes en prime !) qui leur ont fait croire qu’ils pouvaient de surcroît les rendre riches à millions de différentes manières. Y compris en ne faisant rien !

Résultat des courses, en 2009, soit 15 ans après l’ouverture officielle du Web au public, les “autoroutes de l’information” dont on était si fiers au début se sont transformées en un inextricable entrelacs de sentiers plus ou moins tortueux, de chemins boueux et autres sombres impasses peuplées de malfaiteurs prêts à détrousser le premier imprudent venu. Au milieu de tout ça, quelques centaines (milliers ?) de personnes continuent à se démener pour préserver un internet propre, respectueux, professionnel, où chacun pourra continuer à trouver à la fois l’information, la distraction, la possibilité de se réaliser professionnellement et surtout le respect. Respect des règles, respect des individus, mais surtout respect du principe selon lequel tout le monde a le droit de bénéficier de ce que le Net peut offrir de meilleur… à condition que ce ne soit pas au détriment d’autrui. Et notamment de ceux qui ont permis que le Web soit aujourd’hui accessible à tous.

Tags: , , , , , , ,

-->

Poster une réponse